Doctorat en biologie (Ph. D.)

Directeur : Éric Lucas (UQAM)

Codirecteurs : Gérald Chouinard (IRDA) et Daniel Cormier (IRDA)

Comportement trophique d’un hétéroptère zoophytophage : la punaise de la molène en vergers de pommiers

Résumé.

L’omnivorie trophique est définie par la capacité d’un organisme à  se nourrir à  plus d’un niveau trophique. Par exemple, la prédation intraguilde (quand un organisme dévore un compétiteur) est une forme d’omnivorie trophique. L’omnivorie véritable (un cas particulier d’omnivorie trophique) se caractérise par la capacité à  consommer à  la fois des ressources végétales et animales, notamment au même stade de développement. Selon chaque espèce (ou stade de développement), on peut alors distinguer la zoophytophagie qui reflète la prévalence de la zoophagie, et la phytozoophagie qui reflète la prévalence de la phytophagie.

Dans les vergers de pommiers, la punaise de la molène Campylomma verbasci (Meyer-Dür) (Hemiptera : Miridae) est un insecte omnivore zoophytophage qui peut être considéré comme un ravageur ou comme un insecte bénéfique. Du point de vue ravageur, ses piqures de nutrition sur les fleurs et les jeunes pommes en développement peuvent entrainer la formation de dégàts et de malformations pouvant aller jusqu’au déclassement de la valeur économique des fruits. Du point de vue bénéfique, ce miride est un important prédateur de nombreux arthropodes ravageurs, telles que les acariens phytophages, les psylles et les pucerons.

La punaise de la molène est donc un modèle particulièrement intéressant pour étudier non seulement les aspects fondamentaux de l’omnivorie et des interactions biologiques, mais également d’un point de vue appliqué les aspects liés à  son statut ravageur/bénéfique en vergers. Le système biologique étudié est donc constitué de C. verbasci, de proies extraguildes (Tetranychidae et Aphididae), de prédateurs intraguildes (Coccinellidae), ainsi que des hôtes végétaux (pommier et molène).

Le premier volet de cette étude visait à  1) étudier la valeur de différentes diètes végétales, animales et mixtes sur le développement et la survie de la punaise de la molène, ainsi que 2) d’évaluer si la qualité des ressources change selon le stade larvaire considéré. Nos résultats ont montré que la diète d’élevage (pucerons vivants, feuilles de pomme de terre, oeufs de lépidoptèes et pollen) constitue une diéte de haute qualité (70% d’adultes, temps de développement court, adultes de grande taille). Les diètes de qualité moyenne sont constituées de pomme + pollen ou d’oeufs de lépidoptères. Les diètes de faible qualité ont permis le développement de moins de 35% d’adultes avec un temps de développement long. Les diètes inappropriées n’ont pas permis le développement jusqu’au stade adulte. Au stade 3, les pommes Délicieuse rouge ont permis le développement de 10% d’adultes, alors que les pommes Honeycrisp n’ont pas permis le développement d’adultes.

Les pommes n’ont pas permis le développement d’adultes à  partir du stade 1, quel que soit le cultivar. Les pommes dont l’intégrité avait été altérée (pommes piquées ou coupées) n’ont pas non plus permis le développement d’adultes.

Le second volet étudiait l’influence du cultivar, de la taille des fruits et du stade larvaire de la punaise sur la phytophagie de la punaise de la molène. La phytophagie était évaluée par l’observation des piqûres de nutrition en laboratoire et par les dommages aux fruits en vergers. Le cultivar Délicieuse rouge était plus souvent piqué en laboratoire et contenait plus de dommages aux fruits. Les jeunes pommes de moins de 10 mm étaient significativement plus piquées en laboratoire que les plus gros fruits. Dans la littérature, les dommages sont rapportés comme étant plus importants lorsque la punaise pique les fruits entre la floraison et jusqu’à  ce que les fruits atteignent 10 mm. En laboratoire, les larves de stade 5 piquaient plus souvent les pommes que les jeunes stades, mais aucune différence dans le nombre de dommages n’a été observée.

Le troisième volet avait pour objectif d’étudier l’influence des proies extraguildes et des prédateurs intraguildes sur la phytophagie de la punaise de la molène. La phytophagie était évaluée par l’observation des piqûres de nutrition en laboratoire et par le suivi des dommages aux fruits en vergers. Nos résultats confirment que la présence de proies extraguildes (pucerons et tétranyques) réduit de façon importante la phytophagie de C. verbasci (piqûres de nutrition et dommages). Par contre, nos résultats confirment seulement partiellement que la présence de prédateurs intraguildes réduit la phytophagie. En effet, les piqûres de nutrition en laboratoire sont réduites en présence de certaines espèces de prédateurs, tandis que les dommages ne sont jamais réduits sur le terrain.

L’ensemble des résultats a permis l’élaboration d’une charte de gestion de la punaise de la molène à  l’intention des agronomes et des producteurs agricoles. Cette charte pourrait constituer un outil de diagnostic efficace pour évaluer les seuils d’ntervention, afin d’optimiser les traitements lorsque cet insecte est considéré comme un ravageur, tout en le conservant quand il agit comme prédateur bénéfique.

Mots-clés

Miridae / Tetranychidae / Aphididae / Coccinellidae / omnivorie trophique / omnivorie véritable / prédation intraguilde (IGP) / zoophytophagie / phytozoophagie / développement / nutrition / relation trophique / diète

Maîtrise en biologie (M. Sc.)

Directeur : Éric Lucas (UQAM)

Codirecteur : Daniel Cormier (IRDA)

Lutte attracticide et lâchers inondatifs de trichogrammes contre le carpocapse de la pomme Cydia pomonella (Lepidoptera : Tortricidae)

Résumé.

Le carpocapse de la pomme est un ravageur majeur en vergers de pommiers à  l’échelle du globe. La lutte chimique est généralement utilisée pour réprimer cet insecte à  l’origine de dommages à  l’intérieur des pommes. Il existe d’autres moyens de lutte contre le carpocapse à risques réduits pour l’Homme et l’environnement, dont la lutte attracticide et la lutte biologique à l’aide de parasitoïdes. Il s’agit de la combinaison d’un leurre sémiochimique attractif qui va attirer les mâles et d’un produit insecticide qui va les tuer. La population est ainsi réduite par l’absence d’accouplements. Les lâchers inondatifs consistent en l’introduction de milliers de parasitoïdes dans le but d’augmenter le taux de parasitisme d’un ravageur ciblé pour prévenir les dommages économiques. L’objectif du premier chapitre est d’évaluer si la lutte attracticide est un outil efficace pour lutter contre le carpocapse de la pomme dans les vergers de pommiers du Québec et si la lutte attracticide est compatible avec la lutte biologique lors de l’utilisation de parasitoïdes trichogrammes. La lutte attracticide contre le carpocapse de la pomme a été peu efficace, alors que la lutte biologique à l’aide de lâchers de trichogrammes semble être une meilleure méthode pour contrôler ce ravageur. L’utilisation d’un parasitoïde généraliste nécessite de bien comprendre son comportement dans le système étudié. Le parasitoïde oophage Trichogramma minutum Riley (Hymenoptera: Trichogrammatidae) est généraliste et s’attaque généralement aux lépidoptères ravageurs. Le carpocapse de la pomme, Cydia pomonella L. (Lepidoptera: Tortricidae) et la tordeuse à bandes obliques (TBO) Choristoneura rosaceana Harris (Lepidoptera: Tortricidae) sont deux hôtes de T. minutum dont les sites de ponte et les stratégies d’oviposition sont très différents. L’objectif du deuxième chapitre était d’étudier les facteurs déterminants le parasitisme de T. minutum face à deux hôtes qui exploitent des sites de pontes différents et qui possèdent une stratégie de ponte très différente. Nos résultats ont montré qu’une femelle T. minutum va se déplacer dans un pommier indépendamment du site de ponte du carpocapse ou de la TBO. Elle va ensuite pondre dans tous les hôtes acceptables qu’elle va rencontrer. Mais, il sera plus profitable pour elle de pondre dans des oeufs de carpocapse plutôt que dans des oeufs de TBO. Pendant les lâchers inondatifs, les parasitoïdes T. minutum ont été relâchés sous forme de pupes à l’intérieur d’hôtes jusqu’à émergence. L’objectif du troisième chapitre était d’évaluer la susceptibilité à la prédation d’oeufs parasités par T. minutum utilisés lors des lâchers inondatifs dans un verger de pommiers. La perte d’oeufs parasités sur les trichocartes (prédation, facteurs abiotiques, mortalité) utilisées lors d’un lâcher inondatif est relativement importante. Il serait intéressant d’améliorer les techniques de lâchers inondatifs afin de minimiser ces pertes.

Mots-clés

Cydia pomonella / attracticide / parasitoïdes / Trichogramma minutum / Choristoneura rosaceana / vergers de pommiers